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Poèmes Personnels

La Traversée du parc Montsouris


 
 

Ce sera en Décembre un Dimanche de neige
Juste avant l'heure du thé
Vous marcherez pensive un peu lasse et rêveuse
Dans l'allée d'un grand parc
En songeant à ses vers que vous disiez alors
Quand savaient rire vos yeux et que moi j'en pleurais
Dans la fourrure noire enfouis sous votre col
Vos doigts se sont posés vous restez immobile
La belle enfant qui chante et retient votre bras
La brune adolescente qui danse dans vos pas
Qui pose ses bottines où vous placez vos bottes
Rêvant ailleurs ... Là où vous n'êtes pas
C'est votre fille n'est-ce pas ?

La violoniste slovaque
   

Vous avez donc choisi le chemin sur la droite
Là où sont des traces de pas
Comme c'est long comme c'est lent
Votre route à nouveau vers moi
Je suis là sur le banc sous le grand saule en pleurs
Tout endeuillé de blanc et je vous vois venir
Et je revois les jours et je ressens les nuits ...
Pas à pas pieds à pieds vous remontez l'allée
Comme elle vous parait longue comme elle vous semble dure ...
Souffrez vous mon amour ? Oh .. soufflez vous mon rêve ?
En marchant dans mes pas en errant dans ma trace
Et tout soudain cela s'arrête

 
   

C'est l'instant qu'a choisi votre enfant pour vous dire
-Oh ! Vois maman un palais qui se meurt !
Sa main gantée découvre et montre le Bardo
La triste ruine du Parc Montsouris
-Cela parait bien vieux dîtes vous tout en choeur
Et vous riez bien sûr
Alors un peu de neige a glissé sur mes yeux
Et tu reprends ta marche et tu lances ton coeur
A l'assaut des derniers pas à faire pour obtenir ton paradis
L'enfant s'ensauve alors vers l'auto qui attend
portière ouverte et hors les grilles
Heureuse elle crie : il a acheté des gâteaux !
Et le moteur alors beugle comme un veau d'or

 

Toi ! Et toi tu suis ta route de neige mon bel ange ...
J'évite de crier pour ne pas briser ta petite âme !
Cette âme qui s'accroche aux rares vertes branches
Enfin tu te retourne mesurant le chemin
-L'ai je bien traversé ?
Tu as vu quelque chose et tu trembles soudain
C'est un bonhomme de neige qui est tombé du banc
Et qui cherche à genoux dans d'immenses draps blancs
Un reste de ton corps et de nos coeurs d'enfants
On t'appelle ! On te nomme ! Vas tu aller ... enfin ?
Je suis tombé sur notre lit d'hier c'est le plus chaud du monde
Va boire ton thé amour ! Moi je fais chauffer l'eau .

Paris , mars 86.